Sommaire

Table ronde

« Classe inversée », qu'inverse-t-on ?

Philippe Ferrand, 2014

Je voudrais réagir à un sujet de discussion apparu ces derniers jours sur la liste e-doc portant sur la question du rôle du professeur documentaliste dans la « classe inversée ».
Une page, pointée par l'une des participantes à la liste, livrait deux exemples concrets de « classe inversée » fournis par des enseignants de discipline à l'occasion des rencontres "Boussoles du numérique 2013" qui se sont tenues en Gironde en décembre dernier. Occasion pour moi de commencer à m'interroger sur l'engouement que je perçois autour de ce qui nous est montré comme une innovation importante.

Cette innovation se présente comme une remise en question de méthodes pédagogiques fondée sur le retrait du transmissif et la promotion de l'activité de l'élève, le tout dans un contexte numérique sans lequel cette innovation ne serait pas possible. Essayons d'y voir de plus près à partir des exemples qui nous sont proposés.

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Retour sur la politique documentaire en milieu scolaire (2)

Douze ans après le lancement des politiques documentaires, et au moment où celles-ci trouvent leur aboutissement dans le concept de Learning centre, francisé en "Centre de connaissances et de culture", nous poursuivons notre série d’entretiens pour mieux connaître la réception de ce concept par les professeurs documentalistes et son impact sur leur identité professionnelle. Audrey Bailbe, professeur documentaliste dans un lycée polyvalent, a mis en œuvre une politique documentaire dès son arrivée il y a six ans. Elle nous dépeint le contexte de cette mise en place, les raisons de son choix et les leçons qu’elle en tire.

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Professeur documentaliste, un logiciel libre ?

Après les débats qui ont occupé la liste de diffusion e-doc à la fin de l'année 2011, réfléchissant à l'écriture d'un article sur l'actualité de la profession de professeur documentaliste, ce titre est le premier qui me soit venu à l'esprit. Il m'est apparu toutefois quelque peu risible, peu sérieux, pouvant être suivi de sous-parties pour le moins loufoques : « une profession en version bêta depuis 1986 », « le MEN, une start-up sur le retour », « et la gratuité dans tout cela ? ». Passant davantage de temps sur le contenu de l'article, je constate que le titre, finalement, convient tout à fait, posant la question de la programmation de l'individu professeur documentaliste, dans une liberté souvent revendiquée par la profession. Cette liberté apparaît pour le moins problématique au vu de certains témoignages, les textes qui encadrent nos missions, comme la circulaire de 1986 ou les rapports d'inspection, permettent largement que cette liberté se retourne contre la profession. Les directions actuelles des services d'inspection et, plus globalement, des services administratifs, montrent d'ailleurs qu'ils peuvent s'appliquer sans vergogne à la nouvelle programmation et à la nouvelle rédaction d'un mode d'emploi du professeur documentaliste. Enfin, ce titre pose bien sûr la question des TICE et de leur développement, TICE pour lesquelles le professeur documentaliste pourrait bientôt apparaître seulement comme un vecteur organisateur, au lieu d'en être un acteur pédagogique.

Convaincu de l'importance du développement numérique et de la nécessité d'y accorder une place forte dans les établissements scolaires, je souhaite ici, en m'appuyant sur un certain nombre de textes scientifiques ou administratifs (1), proposer un état des lieux, aussi court que modeste, de mon point de vue, sur les évolutions récentes, sur les orientations parfois malheureusement promises et sur celles que l'on pourrait souhaiter. Je pousserai jusqu'à présenter quelques pistes, pas toujours originales, non seulement pour ne pas m'en tenir à une posture seulement critique et négative, mais surtout pour démontrer que l'optimisme est de rigueur quand on peut espérer que le courage et la volonté s'affirment à l'avenir aux bons endroits.

Bien entendu je ne reprends pas les sous-titres énoncés ci-dessus. Nos problématiques n'étant pas isolées, j'essaierai d'abord de faire un point sur le contexte actuel de l’Éducation nationale, en y observant la place particulière de la profession de professeur documentaliste, avant d'analyser le récent développement des technologies de l'information et de la communication dans l'école et ses conséquences sur nos missions et sur nos pratiques, en abordant l'aspect technique et documentaire avant l'aspect pédagogique de la question.

Note : 1. Très inspiré en particulier par la relecture du rapport Fourgous (Réussir l’école numérique : Rapport de la mission parlementaire de Jean-Michel Fourgous, député des Yvelines, sur la modernisation de l’école par le numérique. Assemblée Nationale, 2009) et par la lecture de OCDE (2011), Regards sur l’éducation 2011 : Les indicateurs de l’OCDE, Éditions OCDE.. Ou encore par la lecture de Karine Aillerie, Pratiques informationnelles informelles des adolescents (14 - 18 ans) sur le Web, déc. 2011, thèse disponible en ligne.

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« Réinventer les CDI » : analyse d’un slogan. Regard sur la stratégie de communication de l’IGEN EVS pour faire entrer les Learning centres dans le secondaire

Leland Francisco, (09-2011). "Mask"(lien) Licence CC.

L’inspecteur honoraire Jean-Pierre Véran, par la voie d’un entretien accordé à La Lettre aux Documentalistes de novembre 2011 (ONISEP Languedoc-Roussillon) nous apprend qu’un groupe de travail piloté par l’IGEN EVS et la DGESCO œuvre à « repenser les espaces CDI et salles de permanences au niveau des collèges et des lycées ». Cette annonce, qui ne devrait pourtant pas nous surprendre depuis le séminaire « Du CDI au Learning centre » (mars 2011), fait l’effet d’un électro-choc dans une période d’intense débat dans la profession. Ses plus vigilants veilleurs, dont InterCDI, la FADBEN, le SNES et Les Trois couronnes ont depuis plusieurs années alerté sur les évolutions en cours et les menaces qui pèsent sur les professeurs documentalistes et la formation des élèves. Celles-ci se précisent de manière accélérée et ne sauraient être ignorées plus longtemps.

Les menaces qui pèsent sur le mandat pédagogique du professeur documentaliste ne viennent pas tant de la prétendue incapacité de celui-ci à s’adapter à la « révolution numérique », comme on voudrait nous le faire croire, mais de la volonté délibérée et calculée de notre tutelle de vider de son sens le CAPES et, partant, de « ré-interroger » le statut d’enseignant qui lui est attaché. Privé de formation qui aurait permis d’accompagner cette révolution, coupé des liens qui l’attachent à la recherche et déconsidéré dans son expertise didactique, ce professionnel se voit une nouvelle fois accusé d’incompétence et d’archaïsme.

Ce procédé discriminatoire avait déjà été utilisé pour installer les politiques documentaires dans les établissements au début de la dernière décennie. Le but était, et est encore aujourd’hui, de dénier toute prétention du professeur documentaliste à enseigner, de le confiner dans des tâches de plus en plus gestionnaires (management des ressources) et de le réintégrer totalement dans le giron de la vie scolaire pour en faire à la fois le responsable de la permanence numérisée, le chef de projet et le conseiller technique du chef d’établissement (information specialist). Les intérêts de l’IGEN EVS et du réseau CNDP convergent sur cette idée que les personnels de la documentation doivent à présent se consacrer entièrement à la gestion du marché des ressources numériques à l’échelle de l’établissement. Le Learning (resource) centre, n’est en fait qu'un CDI revu et corrigé par le CNDP.

Derrière le slogan « Réinventer les CDI » choisi pour cette campagne de communication se profilent des enjeux importants pour l’avenir statutaire de la profession et, par voie de conséquence, pour l’acculturation des élèves à l’information.

Cet entretien d’un ancien IPR-EVS, membre des directoires à la fois du CAPES Documentation et du concours externe des CPE, exprime en quelques lignes bien pesées l'orthodoxie politique et la rhétorique de l’institution. C’est pourquoi nous le prendrons comme fil conducteur pour cette nouvelle analyse du discours de l’inspection générale.

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« Madame, je ne savais pas que Google existait dans d’autres langues. » Accompagner n’est pas enseigner, ou comment les Learning centres participent à la fracture numérique

Cette parole saisissante d’un élève de 2nde m’a interloquée en cette fin de journée, où je l’accompagnai sur une recherche documentaire à réaliser pour son professeur d’espagnol.

Tout est dans cette phrase. Elle trahit le manque de culture informationnelle, l’illettrisme numérique et rend compte tout à la fois de l’ampleur du travail didactique et pédagogique à faire. Elle souligne également dans son contexte le glissement de terrain qui s’opère progressivement dans les CDI de la pédagogie vers l’accompagnement. Et donc de l’avènement dans nos centres de ressources du concept de Learning center qui même s’il ne correspond pas encore aux exigences architecturales qui le caractérisent, est déjà, à mon sens, bien présent dans nombre d’établissement.

Favoriser l’accueil et l’accompagnement personnalisé dans les CDI, c’était déjà faire du Learning centre avant la lettre.

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Souci de l'élève et didactique

Identité enseignante VS learning centre.

Ce qu'il y a derrière ce débat, ce sont bien des choix de sociétés dévoilés par les théories de l'apprentissage sur lesquelles on prend appui. Entre le postulat de l'apprentissage situé qui suppose moins de professeurs, où chaque apprenant reçoit en fonction de l'énergie qu'il investit dans son travail, et une pédagogie volontariste ciblée sur le plus grand nombre et prenant en compte obstacles et difficultés d'apprentissage, le ministère a choisi, pensant faire l'économie d'une didactique et surtout de postes de professeurs. Les défenseurs de l'identité enseignante ET de la didactique − l'un supposant l'autre − quant à eux se réfèrent au courant constructiviste qui met motivation et réussite des élèves au cœur de l'action pédagogique.

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Professeur-documentaliste ou professeur documentaliste ?

Au-delà de l’interrogation grammaticale et orthographique, c’est une question de sémantique qui se pose.

A lire les interventions récentes sur les listes de diffusion professionnelles et certains commentaires postés à la suite d’articles publiés sur le site Les Trois Couronnes, je m’interroge sur l’opportunité de préserver ce trait d’union entre les deux mots qui forment le nom de notre profession (1). Il est manifeste qu’il est devenu le symbole non pas d’une interaction de pratiques (2), mais celui de divergences profondes qui secouent notre profession.

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« Cours d’info-com, cours magistral » : pour en finir avec quelques clichés

Photo de Camille Stromboni, 2011. Licence Creative commons. (lien)

Des propos tenus ici où là sur les listes, plutôt que d’évoquer un enseignement de l’info-documentation, reprennent l’expression de « cours d’info-com », en chargeant celle-ci de connotations négatives. Cette expression semble tourner au cliché, et sert de code de reconnaissance entre ceux qui cherchent à caricaturer les travaux en didactique de l’info-documentation, dont l’unique but, pourtant, est de proposer des contenus spécifiques et des démarches originales et de frayer un chemin vers une expertise enseignante. De même, la menace du « cours magistral » est brandie comme un épouvantail destiné à écarter les collègues dont la curiosité pourrait conduire à s’intéresser à d’autres modalités d’enseignement. L'Inspection générale s’empare elle-même de plus en plus ostensiblement de cette rhétorique pour combattre les défenseurs du mandat pédagogique et pour promouvoir les learning centres, au motif qu’ils favoriseraient l’apprentissage, dans une opposition simpliste entre le teaching et le learning. Derrière ce syntagme de « cours info-com » se cache bien l’idée du cours magistral, mais également celle d’une transposition quasi littérale des concepts des Sciences de l’information-communication. Ce très mauvais procès mérite un éclaircissement.

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"Bas les masques" ou comment on tente de "reprofiler" une profession sans décision réglementaire !

Ayant suivi l'actualité de notre profession, j'ai eu des échos assez précis des Rencontres SavoirsCDI de Rennes. Donc, je ne m'étonne pas du contenu de l’article de Pascal Duplessis dont je partage l'analyse. Je viens de rendre la 3ème édition de mon ouvrage sur les CDI, édition refondue et réécrite presque entièrement, qui paraîtra en février prochain. J'y développe (et dénonce) la même logique d'une stratégie volontaire, discrètement et habilement menée depuis 2004 et dont la cohérence prend son sens avec les projets de Learning centres, que j’ai appelée la "stratégie du Petit Poucet", les cailloux ayant été listés par Pascal.

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Les learning centres dans le secondaire : stratégie institutionnelle et enjeux pour la formation des élèves et l’identité de l’enseignant documentaliste

Quoi qu’on en dise, la question des learning centres agite et inquiète les professeurs documentalistes quant au contenu de leur future fiche de poste, même si, en apparence, ils ne réagissent guère. Les concepts de Politique documentaire, Pacifi et Learning centres sont du reste souvent perçus comme autant d’orientations distinctes, voire contraires. Il s’en dégage, pour certains de nos collègues du moins, l’idée que les Learning centres sont une nouvelle mode et que, comme toutes les modes, elle passera. Il serait donc inutile de s’y intéresser, et il n'y aurait qu'à laisser l’institution s’amuser avec son nouveau joujou… Pour ma part, je n’en crois rien, convaincu au contraire de l'existence d'un schéma d'ensemble intégrant ces trois projets. J'en donnerai trois raisons. La première est l’activisme que l’on observe depuis un an autour de ce projet et de ses avancées, la deuxième est la cohérence que le projet de learning centre entretient avec le concept de politique documentaire et le Pacifi, la troisième, enfin, est l’acharnement observable qui consiste à vouloir vider de son sens la circulaire de missions de 1986.

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