Professeur-documentaliste ou professeur documentaliste ?

Au-delà de l’interrogation grammaticale et orthographique, c’est une question de sémantique qui se pose.

A lire les interventions récentes sur les listes de diffusion professionnelles et certains commentaires postés à la suite d’articles publiés sur le site Les Trois Couronnes, je m’interroge sur l’opportunité de préserver ce trait d’union entre les deux mots qui forment le nom de notre profession (1). Il est manifeste qu’il est devenu le symbole non pas d’une interaction de pratiques (2), mais celui de divergences profondes qui secouent notre profession.

Nous sommes à un moment crucial où une question essentielle se pose : ne devons-nous pas être détachés du lieu que nous gérons pour ne plus être assimilés à lui ?

Nous sommes aux abois face au gâchis qui risque de se produire si nous ne disons pas notre désaccord avec ce qui se profile, au début sournoisement, désormais ouvertement, mais avec tant de mépris. Sous couvert d’une pseudo reconnaissance de notre professionnalisme, on veut nier notre circulaire de 1986 pourtant bien en vigueur et faire de nous des maîtres du temps hors classe et des maîtres de l’espace (celui que financent les collectivités territoriales).

L’ambigüité de cette dualité dont joue l’Institution n’est plus tenable. Car il s’agit bien de cela : jouer sur les tensions entre deux fonctions différentes pour attribuer une identité de bibliothécaire-documentaliste aux professeurs documentalistes qui serviraient de cheville ouvrière au nouveau concept à la mode au MEN, l’espace-temps.

Nous sommes à un point de rupture donc où cette bivalence, qui pouvait auparavant être source de créativité, est devenue un frein à notre mission pédagogique. Alors positionnons-nous. Les choses sont certes plus complexes d’habitude, mais là, face à l’enjeu pour la profession, n’ayons pas peur d’être manichéen.

Quel camp choisir ?

· Celui des professeurs-documentalistes, ou documentalistes-bibliothécaires, recrutés sans CAPES et effectuant 39h de présence pour gérer de façon « pédagogique » l’espace-temps des élèves, et dont les missions seraient d’ouvrir/fermer, de mettre à disposition des usagers des ressources validées par l’Institution (qui invite à la veille d’Educatice des enseignants chez Microsoft), de pallier toutes les fonctions vicariantes d’un EPLE (salle info, personnel de surveillance, matériel en bon état, boîte à idées, formation des usagers à l’utilisation du système d’information). Ouvrir aussi le samedi et les vacances pour permettre aux populations d’un territoire de bénéficier d’infrastructures numériques à rentabiliser par les collectivités qui les financeront (on peut d’ailleurs se poser la question de ce financement)

OU

· Celui des professeurs documentalistes ou enseignants documentalistes, recrutés avec un CAPES et effectuant 18h de cours, voire 15h quand nous obtiendrons l’agrégation. Des enseignants qui formeront les apprenants aux sociétés du savoir à partir d’un corpus de notions et de problématiques scientifiques (régime auctorial de l’autorité informationnelle, re-documentarisation du document et de l’individu, l’économie de la contribution, le droit de l’information, l’architecture du web, etc.), un corpus didactisé, une pédagogie du projet, des moyens d’évaluer notre enseignement avec des portefolios numériques pensés non pas pour valider des comportements, mais bien pour valider l’acquisition d’une démarche et des savoirs.

Comment peut-on balayer d’un revers de la main toutes les avancées scientifiques en SIC qui constituent le socle de nos connaissances à enseigner ? Comment peut-on nier la construction d’une didactique (n’en déplaise à certains, elle existe) alors qu’elle est cautionnée par l’université qui finance des recherches sur ce thème ? Alors qu’une partie du terrain s’efforce de la comprendre et de se l’approprier ? Je suis convaincue que trop d’années d’enfermement dans cette double fonction a développé en nous un profond sentiment d’illégitimité, illégitime celui-là. Il est temps de revendiquer une identité professionnelle claire, qui ne soit pas sujette au trouble. Nous sommes des professeurs enseignant une discipline. Une discipline au sens où P. Perrenoud la définit : « Une discipline d’enseignement se présente comme un ensemble de savoirs, de compétences, de postures physiques ou intellectuelles, d’attitudes, de valeurs, de codes, de pratiques, de schèmes :

  • offrant une certaine unité intellectuelle et didactique, une certaine " clôture systémique " ;
  • jugés dignes d’être enseignés, appris, évalués et certifiés dans un cadre scolaire ou universitaire ;
  • en général dérivés, par transposition didactique, d’un ensemble de savoirs, de compétences, d’attitudes, de valeurs, de codes, de pratiques, de schèmes qui ont cours dans la société en général ou dans certains milieux sociaux ou professionnels. »

Les divergences actuelles, bien que graves, sont peut-être l’occasion de diffuser un autre modèle de professeur documentaliste que celui véhiculé par certains usurpateurs, contents d’avoir un statut d’enseignant sans en assumer la charge.

A chacun de se positionner, mais ne nous trompons pas de choix. Celui que veut imposer l’Institution n’est pas celui qui reflète la majeure partie des pratiques professionnelles du terrain : la formation à la culture de l’information.

N’ayons pas peur de cette émancipation du lieu. Ce qui nous manque, c’est l’appui des enseignants-chercheurs à nos efforts quotidiens de transposition didactique.

Il faut mettre en place des relations plus systématisées, des programmes de recherche-action en information-documentation. Demandons la création d’une instance qui serait l’équivalent de ce que sont, pour les mathématiques, les IREM, « ensemble d’Instituts qui fonctionnent en réseau et qui associent des enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur, pour effectuer en commun des recherches sur l’enseignement des mathématiques et assurer ainsi des formations de professeurs s’appuyant fortement sur la recherche ».

Alors ? Professeur documentaliste ou professeur-documentaliste ?

Du choix sémantique, découle un choix d’éducation. Ne cédons pas aux sirènes du vaisseau hyper moderne des Learning centers proposés en l’état. Au moment où l’Association des Régions de France fait savoir son mécontentement face à l’immobilisme de l’Education nationale quant à l’intégration de l’usage du numérique au lycée, faisons savoir qu’il existe un corps d’enseignants recruté par un CAPES et formé à l’enseignement de la culture de l’information pour conduire les élèves, tous les élèves, aux usages raisonnés du numérique.


(1) Les grammairiens définissent le trait d'union comme une « marque de cohésion de plusieurs mots » voire comme une « marque de l’unité d’une suite de mots ».

(2) L’ouvrage récemment paru sous la direction d’Isabelle FABRE et intitulé Professeur-documentaliste : un tiers-métier (EducAgri, 2011) analyse les interactions des deux fonctions, professeur et documentaliste, et s’interroge sur toute la richesse du trait d’union qui les lie et qui conduit à la création d’un tiers-métier. Mais n’est-ce pas là seulement un stade de développement de la profession qui doit évoluer en fonction des avancées en didactique de l’information-documentation ?


Discussion
good gracious. Moi aussi j'ai un capes des premières années, le tout premier même, et tout ce jargon, pardon ce métalangage, me consterne. Votre notion du professeur documentaliste, sans trait d'union (!), c'est justement ce que je ne veux pas faire. Je trouve que vous avez magnifiquement gobé tous les poncifs de la "culture de l'information", qui me fait le même effet que la culture de la grosse bouffe ou la culture de la consommation à tout prix : aucune place pour prendre son temps, pour se planter et recommencer, pour la sérendipité, pour la découverte gratuite. Affligeant.
Et que dire de la manière lapidaire que vous avez de rentrer dans un débat : sans nuance, sans argument, à coup de poncifs et de formules expéditives, en utilisant le message anonyme…

Non, soyons sérieux, honorez-vous plutôt en participant au débat avec des choses à dire, à contredire, mais toujours argumentées. Tenez : dites-nous plutôt quels sont, pour vous, les « poncifs de la culture de l’information ». Ne confondez-vous pas avec ceux de la « société de l’information » ? Il est toujours intéressant de travailler sur nos propres représentations et de les confronter.
Prenez-le un peu, ce temps que vous réclamez. Vous avez ici de la place pour « prendre votre temps, pour vous planter et recommencer, pour la sérendipité, pour la découverte gratuite ». Mais dans l’échange respectueux. Nous avons tous à y gagner. Merci.

ps : « jargon » et « métalangage » ne sont pas synonymes.
J'irai même plus loin, créons trois métiers
- le responsable du système d'information qui aurait la charge de tous le réseau pédagogique, qui aurait la charge des ressources numériques, qui aurait rang d'adjoint de direction avec le salaire afférend et qui aurait sous sa responsabilité l'informatique et le CDI
- l'animateur de communauté, chargé de faire du lien dans l'établissement et qui serait à la croisée de l'animation socioculturelle, la médiation numérique, la vis scolaire
- l'enseignant en info-doc. Mais sur ce dernier, j'irai encore plus loin, car à mon avis on ne peut créer cet enseignement sans refonder le système éducatif, et sans le refonder sur les connaissances et non sur une vague évanescence validante compétence qui ne correspond aujourd'hui à rien de connu ni dans le système éducatif ni dans l'entreprise dont elle se veut pourtant un emprunt. Cela signifie concrètement interroger la légitimité ds savoirs actuels et qui doit en avoir la charge !
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Il ne faut pas tout mélanger. De quelle discipline parle t-on ? Tous les intégrés d'avant le CAPES plus tout les néo recrutés du CAPES des premières années (dont je suis) , n'ont aucune formation en enseignement en "sciences documentaires" (ne serait-ce que pour la simple raison que nous avons tous suivi des cursus disciplinaires et une seule année de formation au CAPES de doc) et cela constitue la grande majorité des documentalistes (j'utilise volontairement le terme).
Donc deux solutions : - soit suivre un cursus initial en documentation à l'université, aller suffisamment loin et candidater à un poste de maitre de conférence à l'université et donc la, aucun problème pour enseigner aux étudiant en documentation justement.
- soit créer une nouvelle discipline "documentation" dans le secondaire (avec heures obligatoires dans l'emploi du temps des élèves) et alors créer le CAPES correspondant (car le nôtre dans ce cas est complètement inadapté), ou bien pour les documentalistes en place prévoir une formation continue digne de ce nom avec certification qui permette cet enseignement.
Et c'est seulement après cela que l'on pourra peut-être parler d'agrégation, mais en parler dès aujourd'hui n'est que pure folie.
Et n'allez surtout pas me parler des postes de PRCE à l'université, j'en ai fait l'expérience il y a une quinzaine d'années, et nous n'étions pas, et ils ne sont toujours pas alignés aujourd'hui, sur les obligations de service des autres certifiés de disciplines "d'enseignement" à savoir 384h de formation annuelle. A l'Université, les certifiés en documentation ne sont absolument pas considérés comme enseignants et leur service et les obligations qui vont avec sont calquées sur ceux des personnels de bibliothèques (horaire habdomadaire et congés -en général de l'ordre de 37heures et entre 45 et 59 jours de congés annuels). Au mieux certains obtiennent des services de formation avec des calculs tarabiscotés de pro rata concernant les temps de formation, mais toujours calqués sur les obligations de service des personnels de bibliothèque de l'université concernée.
Vous dîtes : "Le choix que veut imposer l’Institution n’est pas celui qui reflète la majeure partie des pratiques professionnelles du terrain : la formation à la culture de l’information." Certes oui, mais aucunement sous la forme d'un cours de documentation devant un groupe classe, telle que le laisse supposer votre revendication (et celle de vos adeptes). L'immense majorité, j'en suis persuadé, ne veut pas de cela, car n'ayant tout simplement pas les armes nécessaires pour l'assumer.
Et alors, quand bien même, qui pour s'occuper du centre de ressources ? Car dans ce cas, il en faudra bien du personnel pour effectuer cette tâche si le doc est toujours en cours ? Alors, il ne faut pas omettre de demander la création d'un concours de "technicien documentaire" pour l'administration et la gestion du centre de documentation.
D'ailleurs, et je suppose que vous devez bien le savoir, mais vous n'en faites pas mention, ce dispositif existe déja bel et bien dans l'enseignement agricole, sauf qu'en l'occurrence le professeur documentaliste (et la je dis bien professeur), effectivement délivre des cours auprès des élèves, mais il n'en reste pas moins que sa tâche principale est bel et bien l'organisation du centre de ressources.
En conclusion, dans l'état actuel des choses, cette revendication relève de l'utopie :
- puisque d'une, il faut prendre en compte le principe de réalité car on ne vas sans doute pas vers des investissements dans ce domaine, car comme vous le percevez justement quand même me semble t-il, on veut surtout essayer d'économiser le plus possible (car tout ce que vous prônez coute quand même des sous, il faut bien le dire -et c'est même bien pour cela que vos fameux "learning center" tant redoutés ne sont pas prêts de voir le jour à mon avis, n'ayez crainte- donc on va jouer tout bonnement le statu quo)
-de deux : la majorité des collègues ne vous suivent pas, tout le monde n'est pas abonné à e-doc loin s'en faut, et les abonnés qui envoient des messages sur cette question sont toujours les mêmes et sont en définitive très peu nombreux.
Ajouté à tout cela, qu'il existe autant de situations que de CDI.
Mais c'est bien d'avoir des convictions, vous essayez de persuader vos collègues mais vous n'utilisez sans doute pas la bonne méthode. Comme avec l'institution d'ailleurs.
Bien à vous.
Cher Anonyme, votre commentaire me donne l’occasion de préciser quelques points.
Permettez-moi tout d’abord de vous dire que vous apportez de l’eau à mon moulin. Ce que vous mettez en avant c’est essentiellement un manque de formation continue adaptée aux évolutions du métier de professeur documentaliste (j’utilise volontairement le terme). J’ai obtenu le CAPES de documentation en 2001, soit dans sa 2e version. Depuis, il en a connu une troisième, où les Sciences de l’information et de la communication sont explicitement convoquées. La formation continue étant ce qu’elle est, comme vous le constatez et moi aussi, j’ai dû pratiquer l’auto-formation pour prendre en compte cette évolution, ce qui requiert en effet du temps et des efforts intellectuels. D’autant plus que les ressources existantes ne sont pas suffisantes actuellement. C’est pourquoi j’émets le vœu de la mise en place d’une organisation où les interactions entre la recherche et le terrain permettraient aux enseignants en poste de disposer de ressources humaines et documentaires pour évoluer dans leurs pratiques au rythme des avancées scientifiques et de leur transposition didactique en étant moins livrés à eux-mêmes. Si l’institution prenait en compte ce besoin, elle montrerait la prise en considération de son personnel et de l’évolution de sa profession.
Ensuite, les modalités de ce que je propose restent à inventer :
- d’une part vous évoquez le problème du recrutement de la profession. Vous avez raison. Proposer une scission, c’est penser le mode de recrutement pour ce nouveau corps. Pour les primo accédants, il y a le CAPES version 3. La question se pose de façon plus complexe pour ceux déjà en poste et qui voudraient postuler. En 1992, les instituteurs qui le voulaient ont pu passer un concours pour devenir Professeur des écoles, nouvelle appellation du métier qui correspondait aussi à de nouvelles compétences prises en compte dans la carrière de ces enseignants du premier degré. Ne peut-on pas envisager un mode de recrutement de type VAE, où le candidat qui postule à ce nouveau corps devrait mettre en avant dans un dossier les compétences acquises en matière d’enseignement (rapports d’inspection par exemple, projets pédagogiques, etc.), en matière de connaissances dans le domaine des SIC (les notions abordées avec les élèves, leur références théoriques, leur transposition didactique) ?
- d’autre part vous posez la question de « quelle discipline » ? Je vous invite à lire l’excellent ouvrage d’Olivier Le Deuff, Maître de Conférences en SIC à Bordeaux 3, auteur du livre tout récemment publié Les cultures du numériques. Il se veut force de propositions pour penser une formation de qualité qui conduirait les apprenants à acquérir une culture informationnelle. Par ailleurs, P. Duplessis vous a déjà répondu le mode opératoire, il faut penser cet enseignement en termes de curriculum. Par ailleurs, lorsque vous écrivez du professeur documentaliste qu’« il n’en reste pas moins que sa tâche principale est bel et bien l’organisation du centre de ressources » (je note au passage l’emploi de « centre de ressources » au lieu de CDI) je voudrai vous dire que c’est là votre point de vue, je le respecte, mais vous voyez bien, que vous aussi vous vous fixez des priorités. Et qu’il vous semble difficile de concilier les deux.

Enfin, quand vous considérez que « la majorité des collègues, ne vous suivent pas, tout le monde n’est pas abonné à e-doc loin s’en faut, et les abonnés qui envoient des messages sur cette question sont toujours les mêmes », je vous répondrai que vous avez tout à fait raison, tout le monde n’est pas inscrit à cette liste de diffusion, à commencer par moi. Ma connaissance du terrain je la tiens de mon expérience de formatrice associée dans l’Académie de Rouen où j’exerçais précédemment et qui m’a donné l’occasion de « rencontrer », « visiter », « conseiller », « former », « accompagner », un grand nombre de collègues qui voulaient s’approprier les évolutions de notre profession d’enseignant : objets documentaires à enseigner, modalités de mise en place de parcours de formation, de progression des apprentissages, notamment dans le domaine de la pédagogie documentaire en Lycée des Métiers. Je co-animais un groupe de réflexion qui a mis en place depuis 2005 un espace de mutualisation de notices BCDI de revues techniques non dépouillées par le CRDP de Poitiers, sous prétexte de non rentabilité étant donné le faible nombre d’élèves concernés par cette filière (elle est belle la rénovation de la Voie professionnelle), ainsi que d’autres outils comme des référentiels de compétences informationnelles, une progression des apprentissages pour un concept intégrateur. Vous trouverez ces travaux très consultés (statistiques du site) à l’adresse ci-dessous :
http://documentation.spip.ac-rouen.fr/spip.php?article166

Pour conclure, je reviendrai sur votre qualification à mon égard d’utopiste. Certes, je veux bien que vous le pensiez. Mais je vous répondrais alors qu’il était utopique de penser pouvoir obtenir un CAPES en 1989. Et pourtant…
Et pourtant il a été obtenu, parce qu’il émanait d’une véritable envie de changer le système éducatif, un système où l’élève est au centre.


Bien à vous cher anonyme,
Chère collègue,
Permettez moi de reprendre certains éléments de votre réponse et d'y ajouter quelques commentaires :

"Permettez-moi tout d’abord de vous dire que vous apportez de l’eau à mon moulin. Ce que vous mettez en avant c’est essentiellement un manque de formation continue adaptée aux évolutions du métier de professeur documentaliste (j’utilise volontairement le terme). J’ai obtenu le CAPES de documentation en 2001, soit dans sa 2e version. Depuis, il en a connu une troisième, où les Sciences de l’information et de la communication sont explicitement convoquées. La formation continue étant ce qu’elle est, comme vous le constatez et moi aussi, j’ai dû pratiquer l’auto-formation pour prendre en compte cette évolution, ce qui requiert en effet du temps et des efforts intellectuels. D’autant plus que les ressources existantes ne sont pas suffisantes actuellement. C’est pourquoi j’émets le vœu de la mise en place d’une organisation où les interactions entre la recherche et le terrain permettraient aux enseignants en poste de disposer de ressources humaines et documentaires pour évoluer dans leurs pratiques au rythme des avancées scientifiques et de leur transposition didactique en étant moins livrés à eux-mêmes. Si l’institution prenait en compte ce besoin, elle montrerait la prise en considération de son personnel et de l’évolution de sa profession."

On est donc complètement en accord là dessus, ce manque cruel de formation continue, et, partant, sa non prise en compte par l'institution.

"Ensuite, les modalités de ce que je propose restent à inventer :
- d’une part vous évoquez le problème du recrutement de la profession. Vous avez raison. Proposer une scission, c’est penser le mode de recrutement pour ce nouveau corps. Pour les primo accédants, il y a le CAPES version 3. La question se pose de façon plus complexe pour ceux déjà en poste et qui voudraient postuler. En 1992, les instituteurs qui le voulaient ont pu passer un concours pour devenir Professeur des écoles, nouvelle appellation du métier qui correspondait aussi à de nouvelles compétences prises en compte dans la carrière de ces enseignants du premier degré. Ne peut-on pas envisager un mode de recrutement de type VAE, où le candidat qui postule à ce nouveau corps devrait mettre en avant dans un dossier les compétences acquises en matière d’enseignement (rapports d’inspection par exemple, projets pédagogiques, etc.), en matière de connaissances dans le domaine des SIC (les notions abordées avec les élèves, leur références théoriques, leur transposition didactique) ?"

Là encore, aucune divergence finalement. Quelques remarques néanmoins :
Pour les titulaires du CAPES version 1 (dont je suis) et version 2 (la vôtre), ok pour l"idée de VAE puisqu' apparemment vous avez du aussi passer aussi par l'autoformation. Le problème ne semble pas se poser d'après vos dires pour les primo accèdants.
Mais ma proposition de "scission" s'adresse à tous, quelque soit la version du CAPES, à partir du moment ou il serait envisagé un "enseignement institutionnalisé" d 'info -documentation", car, à moins d'augmenter de façon non négligeable, les maxima de service, je ne vois pas comment il serait matériellement possible en terme de temps de mener à la fois la fonction d'enseignement de manière régulière et systématisée (préparations, séances en présentiel, évaluations) et celle de l'organisation et du fonctionnement du lieu CDI, pour laquelle il faudrait recruter un corps spécialisé et titularisé.
Et vous l'avez bien perçu d'ailleurs quand vous dîtes :
"Par ailleurs, lorsque vous écrivez du professeur documentaliste qu’« il n’en reste pas moins que sa tâche principale est bel et bien l’organisation du centre de ressources » (je note au passage l’emploi de « centre de ressources » au lieu de CDI) je voudrai vous dire que c’est là votre point de vue, je le respecte, mais vous voyez bien, que vous aussi vous vous fixez des priorités. Et qu’il vous semble difficile de concilier les deux. "
Ce n'est pas moi qui fixe des priorités, mais l'institution, et quand je dis institution, je ne parle pas forcément des hautes sphères de l'état, mais tout simplement de l'administration des établissements eux-mêmes, qui, en l'absence de recommandations officielles quand à la fonction délibérément enseignante des professeurs documentalistes, accompagnée du recrutement d'un corps de "techniciens de la documentation", confient l'organisation et le fonctionnement de leurs CDI aux seuls personnels qualifiés pour l'assurer : nous, les "professeurs-documentalistes" (ou profs- docs ou appelez ça comme vous le voulez, mais ce n'est que question de vocabulaire). On est bel et bien là au coeur du principe de réalité.
Tout ceci étant dit, et je le répète, la situation actuelle convient plutôt à la majorité d'entre nous. Je crois sincèrement que vos suppliques et celles de certains contributeurs à ce débat ne s'adressent en réalité qu'à un microcosme, qui la plupart du temps émane de l'enseignement supérieur (et je le dis sans animosité aucune).
Même si je reste persuadée comme vous que toutes ces questions sont éminemment cruciales et qu'il est essentiel de faire avancer le débat. Mais il faut le faire sans doute avec plus de diplomatie et ne pas réclamer de façon abrupte, par exemple, la fonction exclusivement enseignante ou bien la création d'une agrégation (avant même d'avoir réglé la question des certifiés en documentation, puisqu'en définitive c'est bien de cela qu'il s'agit).
Quoi qu'il en soit, le débat mérite de se poursuivre.
Bien à vous.
Anonyme,
vous semblez connaître la "bonne méthode" à utiliser avec l'institution. Merci de bien vouloir mutualiser !

Sans plaisanter maintenant, je souhaite rectifier ce qui me semble constituer une erreur dans votre démontage de l'utopie : je vais surtout vous parler de mes obligations de service à l'IUFM, étant PRCE Documentation depuis quelques années. Ma discipline est "Documentation" et je dois en effet 384h de formation annuelle. Ce n'est pas un "alignement sur" mais bien une discipline d'enseignement parmi d'autres. Contrairement à ce que vous affirmez, à l'Université de Nantes et d'Angers, les certifiés en documentation sont absolument considérés comme enseignants et leur service et les obligations qui vont avec ne sont pas du tout calquées sur ceux des personnels de bibliothèques. Il en est de même à Rennes. Les choses ont sans doute changé depuis votre époque. Comme quoi, tout peut arriver et il faut garder l'espoir. L'avenir n'appartient qu'à ceux qui sont capables de l'imaginer.

Par ailleurs votre vision de la non faisabilité des LC dans le secondaire ne me convainc pas. Si vous suivez bien les propos de notre tutelle, vous aurez remarqué le nombre important de bémols introduits depuis la rentrée. Du LC, ce ne sera pas, sauf exception, le clinquant architectural et informatique qui sera priorisé, faute de moyens justement, ou parce que ces compétences appartiennent aux collectivités territoriales. Ce qui sera importé coûtera bien moins cher, comme l'intégration des "services" Documentation et Vie scolaire (et pourquoi pas TICE quand cela sera possible). Fusion du CDI et des permanences, mise à disposition de photocopieurs et de machines à café au lycée suffiront peut être pour ce qui est de l'aspect visible. Regardez déjà les exemples, que dis-je, les modèles qu'il faut suivre et vous comprendrez que le but n'est pas tant que construire des CDI-LC que de modifier notre mission en profondeur, nos attributions et notre statut. L'intérêt subit pour le mot "learning" n'est qu'une stratégie sémantique pour fustiger notre prétention à enseigner, qualifiée de "teaching".
Pour moi, c'est votre foi en la réussite de la stratégie de l'autruche qui relève de la "folie", pour reprendre votre mot.

Par contre, certains de vos arguments relatifs au manque de formation initiale et continue des professeurs documentalistes "(j'utilise volontairement le terme)" sont justes, me semble-t-il. Mais je pense que l'auteure de l'article le sait aussi bien que vous et moi et que ce n'est malheureusement pas un scoop. Ce n'est pas faute de revendiquer une véritable formation auprès de l'institution à chaque occasion pourtant !

Sans doute avez-vous également noté que c'est justement une des raisons qui nous pousse à demander l'ouverture de travaux d'écriture d'un curriculum ! La proposition n°12 du GRCDI (2010) est entièrement consacrée à cette question essentielle. Je vous en cite un extrait :

"La réussite de la mise en place d’un tel curriculum info-documentaire, de l’école à l’université, impliquerait un effort très important dans la formation, initiale et continue, de tous les formateurs et enseignants concernés :
- dans la formation initiale : une formation solide et cohérente des futurs enseignants-documentalistes, aussi bien en Sciences de l’information et de la communication qu’en didactique de l’information, est une condition indispensable à la mise en œuvre d’un curriculum info-documentaire ; des modules de formation à la culture informationnelle devraient également être développés dans la formation initiale des enseignants de toutes disciplines ;
- dans la formation continue : un développement plus systématique de la formation continue des enseignants-documentalistes, sur tous les aspects de la culture informationnelle, est aussi une condition sine qua non de la réussite du curriculum. De même, la formation continue des formateurs universitaires de la maîtrise de l’information (personnels des bibliothèques, enseignants…) constitue un enjeu important pour le développement de la culture informationnelle à l’université. "

On confond souvent "curriculum" et "programme" alors que le premier va bien au-delà, recouvrant toutes les dimensions relatives aux conditions de cet enseignement.

Un curriculum de l'information-documentation pour la rentrée prochaine est certes une utopie ! Mais demander à ce qu'il existe et œuvrer ensemble, chercheurs, institutionnels et enseignants pour son élaboration ne l'est certainement pas. Les disciplines ne se créent, ni sur un claquement de doigt ni en enfouissant la tête dans le sable.
Si l'institution avait ouvert cette porte depuis 10 ans en créant l'équivalent des IREM pour nous, nous n'en serions sans doute pas là aujourd'hui. C'est une question essentiellement politique. Libre à vous d'attendre en invoquant la non faisabilité.
Donc, je comprends mieux désormais puisque vous avouez être PRCE (alors que ça n'apparait jamais dans vos signatures), et vous parlez au nom de l'enseignement secondaire, alors que vous savez pertinemment qu'il y a un gouffre entre les deux, notamment avec le collège.
Vous dites : "je vais surtout vous parler de mes obligations de service à l'IUFM, étant PRCE Documentation depuis quelques années. Ma discipline est "Documentation" et je dois en effet 384h de formation annuelle. Ce n'est pas un "alignement sur" mais bien une discipline d'enseignement parmi d'autres. Contrairement à ce que vous affirmez, à l'Université de Nantes et d'Angers, les certifiés en documentation sont absolument considérés comme enseignants et leur service et les obligations qui vont avec ne sont pas du tout calquées sur ceux des personnels de bibliothèques. Il en est de même à Rennes. Les choses ont sans doute changé depuis votre époque. Comme quoi, tout peut arriver et il faut garder l'espoir. L'avenir n'appartient qu'à ceux qui sont capables de l'imaginer."
Nantes, Angers, Rennes ou encore Tours, ce n'est pas la France.Je sais que le grand ouest est très avancé dans le domaine, ayant débuté la bas d'ailleurs (Rennes), donc que ponctuellement les PRCE aient pu obtenir satisfaction je l'admets mais c'est très loin d'être une généralité.
A ma connaissance en 2008, le problème se posait encore de façon aigüe (c.f l'article de Daniel Warzager sur ce même blog (!) à ce moment :
http://lestroiscouronnes.esmeree.fr/table-ronde/les-certifies-de-documentation-bientot-iatos
Concernant les situations des PRCE documentation depuis cette date, après recherches, je ne trouve mention que d'un document en 2010, qui englobe l'ensemble des PRAG et PRCE, sans faire mention de la spécificité des PRCE en documentaion :
http://www.le-sages.org/documents/2010/CR-reunionMESR-5-03-10.pdf
Donc, vous êtes dans d'autres sphères et vos travaux sont méritoires et tout à votre honneur (j'englobe la outre votre contribution celles de Le Deuff, Serres, Le Roux (tous du grand ouest comme par hasard), mais sachez que dans le secondaire, et encore plus en collège, on est à des années lumières de tout cela.
N'essayez pas de précipiter les choses SVP, on est encore très très loin d'avoir les moyens d'imaginer un cursus en info-documentation pour nos élèves, alors que dans la plupart des établissements les moyens matériels arrivent au compte goutte et que même les docs doivent s'en emparer et la plupart du temps s'autoformer, vu la médiocrité des stages de FC. Les ENT arrivent à la vitesse de l'escargot et les portails documentaires comme e-sidoc ne sont présents que dans un nombre confidentiel de collèges.
Les tentatives académiques de mutualisation n'en sont qu'à leur balbutiements. Ici, la mise en place d'une base commune de BCDI se fait de façon très artisanale à l'initiative du CRDP, et ne date que de 2 ou 3 ans, guère plus. Il n'y a aucun personnel dans les académies pour harmoniser les pratiques, pas plus que de postes d'informaticiens pour la maintenance de parcs de plus en plus conséquents.
Dans ces conditions, les établissements font avec les moyens du bord (il n'y a qu'à voir la réduction drastique de postes d'assistants documentalistes dans les CDI, il n'y en a pratiquement plus aucun).
Donc les chefs d'établissement essayent de sauver l'essentiel en s'efforçant avant tout de faire acquérir un certain sens civique aux élèves. Nous en sommes la, il faut le savoir.
Alors, oui, si au niveau de l'état la priorité redevient l'éducation et l'enseignement, alors on pourra évidemment s'appuyer sur les travaux de recherche qui ne manquent pas (merci à vous tous) et peut-être développer ce fameux cursus tant réclamé. Mais pas avant d'avoir les moyens humains et matériels pour le faire.
Par contre, si l'institution continue dans la même voie, alors réservez vos travaux à l'enseignement supérieur car ils ne seront jamais repris dans le secondaire, je peux vous l'assurer.
Encore une fois, il faut s'en remettre au principe de réalité.
Je reviendrai plus tard pour évoquer d'autres points.
Bien à vous.
Je n'ai rien à avouer ! Consultez simplement la page Auteur de ce site et vous en saurez suffisamment. Je ne me cache pas, moi. C'est déjà pénible de se faire interpeler par des anonymes, ça l'est encore plus de les voir vous demander des comptes sur votre biographie. C'est quand même un comble ! Où les histoires de personnes font-elles avancer notre débat ?
Sachez au moins, avant de juger sans preuves, que je viens de quitter un collège depuis peu où j'ai exercé la fonction de professeur documentaliste depuis plus de 10 ans. Je travaille encore et toujours avec de nombreux collègues de collèges et de lycées que je rencontre lors de travaux de recherche en didactique, lors de la formation continue, lors de la préparation au Capes interne et lors de l'encadrement pédagogique des étudiants du master. Je sais donc très bien de quoi je parle et vous n'avez pas à en douter. La grande majorité des travaux qui sont mis à votre disposition sur ce site ont d'ailleurs été produits alors que j'exerçais en collège, et s'appuyaient sur mon expérience quotidienne. Maintenant, malheureusement, il semble que j'ai encore moins de temps pour le faire... Ma "sphère", comme vous dites, a longtemps été et est toujours la même que la vôtre.
Ce n'est pas de ce genre d'argument dont nous avons besoin pour faire avancer notre métier, ni de cette stratégie d'opposition systématique entre intellos et praticiens de terrain. Qu'avez-vous à y gagner ? Moi, rien. On peut avoir le nez dans le guidon mais regarder aussi de temps en temps du côté de la ligne d'horizon. Même colleté aux réalités quotidiennes, on peut s'intéresser quand même aux évolutions incroyables qui modifient aujourd'hui le paysage informationnel et médiatique, et s'interroger à partir de cela à ce que doivent en comprendre nos élèves. Dès lors, on est bien obligé de se demander quel devrait être l'avenir de notre profession et comment agir. Si des chercheurs, à l'université, nous permettent de mieux nous emparer de ces objets d'études, si d'autres chercheurs explorent les voies les meilleures pour élaborer les savoirs scolaires, si des collègues enseignants documentalistes expérimentent et si d'autres encore défendent avec ardeur et conviction ce beau métier si mal connu, eh bien quoi ! Je m'en réjouis plutôt et je ne vais pas aller les opposer les uns aux autres. Il est plus que temps de réunir chercheurs et enseignants autour de ce projet d'élaboration curriculaire.
Et qui vous parle de précipiter les choses ? Parce qu'il faudrait les ralentir plutôt ? Mais combien d'années faudra-t-il encore pour y parvenir ? Si la recherche et la profession, au cours de ces 10 dernières années, ont fait quelques progrès significatifs, ils sont encore loin d'être suffisants. Cela devrait vous laisser encore le temps de régler vos problèmes matériels, lesquels j'ai aussi bien connus, croyez-moi.
Mais si vous vous calez sur les moyens tout en refusant de vous interroger, avec nous, sur les fins, vous vous condamnez à faire du sur-place. Mais nous voici arrivés à la question des fins. Là est certainement notre divergence. Cependant, si vous visitez, même voilée de l'anonymat, ce site consacré à la promotion de la dimension pédagogique de notre profession, c'est bien aussi que cette orientation vous interpelle.
Oui, je crois que vous avez pointé là notre divergence. Mais je reviendrai plus tard pour évoquer quelques points.
En attendant dans la réponse que vous m'adressez, quid du statut des PRCE doc que j'ai longuement évoqué ? Vous passez cette question sous silence , elle vous concerne au premier chef pourtant, pourquoi ?
2e point : ce site est consacré à la dimension pédagogique de notre profession, combien de contributeurs ?
Par ailleurs : liste cdi-doc (donc pas forcément étiquetée "enseignement") : 4500 abonnés.
Liste e-doc : 2500 abonnés.
En conclusion de ces constats et de ses chiffres, on peut dire que la question de l'enseignement à l'"info documentaire" (appelez ça comme vous voulez) dans le secondaire est très très loin de faire concenssus chez les collègues. Il faut savoir aussi prendre le pouls de l'opinion pour éviter de faire des recherches qui peuvent s'avérer devenir stériles au bout du compte, si elles ne devaient jamais être appliquées.
Bien à vous .
L'absence actuelle de débats sur une autre liste de diffusion des professeurs documentalistes peut être un constat mais pas un argument. Dans les débats actuels personne n'a prétendu qu'il y avait consensus sur la revendication d'un curriculum info-documentaire, c'est bien l'objet des débats face aux prises de position de l'inspection générale EVS.
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