Décodage du projet de circulaire du 18 janvier (4)

Darkwood67. “The fountain”, 2010. CC

La hiérarchie entre les principales missions

Le numéro d’ordre qu’occupe chaque axe dans la circulaire de missions n’est, bien évidemment, pas le fruit du hasard. Il peut être l’indice d’un positionnement affirmé, voire autoritaire, de l’institution qui entend donner un signal fort pour un brusque changement de cap. Ce fut notamment le cas en 2001 et en 2004. Il peut être également le produit d’une négociation entre l’inspection générale et la profession, lorsque celle-ci reste attachée à ses convictions et à son mandat originel.

Mais certaines avancées en apparence peuvent masquer de nets reculs en substance…

1.2.4. La hiérarchie entre les principales missions

L’ordre de présentation des missions ne saurait non plus être anecdotique dans un document de cette portée. Pour mieux comprendre le placement des différentes missions du projet de 2011, il peut être intéressant de jeter un coup d’œil en arrière depuis 1986 afin d’observer les propositions faites par l’inspection générale.

Rappel des dates repères :

  • 1986: « Missions des personnels exerçant dans les centres de documentation et d’information ». Circulaire n°86-123 du 13-03-1986

  • 2001 : « Information et documentation en milieu scolaire ». Rapport de l’IGEN Guy Pouzard. 01-2001 1

  • 2004 : « Les politiques documentaires des établissements scolaires ». Rapport des l’IGEN Jean-Louis Durpaire. 05-20042

  • 2007 : « Protocole d’inspection des professeurs-documentalistes ». IGEN, 02-20073

  • 2010 : « Politique documentaire des établissements scolaires et mission des professeurs documentalistes ». PROJET DGESCO 1 - VERSION 0 - document initial. DGESCO, 05-05-20104

  • 2011 : Missions des professeurs documentalistes à l’ère du numérique. [Projet]. DGESCO, 18-01-20115

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Tableau 4-b

Tableau n°4 : Évolution de la place accordée aux différentes missions par l’IGEN depuis 1986. La flèche met en évidence le mouvement suivi par la mission pédagogique au regard notamment du mandat gestionnaire.

Ce récapitulatif met en évidence, au regard de la circulaire de 1986, les différentes priorités données par le Ministère et permet de mieux saisir l’ordonnancement du projet de 2011. Reprenons l’itinéraire suivi par chacune des trois principales missions.

L’ouverture de l’établissement

Le terme d’ouverture de l’établissement est constant depuis 1986. De même, sa position ne varie guère. Placé au rang 3 en 1986, cette mission se retrouve pas la suite constamment en dernière place. Son contenu mériterait une attention plus particulière, tellement il est hétéroclite et dense. S’il donne surtout l’impression d’un fourre-tout, mais un fourre-tout utile pour ne pas encombrer la circulaire de trop nombreuses tâches. Le débat autour du pluriel de « mission » vient certainement en partie de là. Devant un tel inventaire, personne ne s’offusquera que l’enseignant documentaliste ne puisse, ici, que « participer » ou « contribuer ». Le terme générique recouvre cependant des réalités qu’on ne peut passer sous silence : la communication interne à l’établissement, les ressources liées à l’orientation scolaire et professionnelles, les contacts avec les partenaires et les centres de ressources extérieurs.

La gestion et la politique documentaire

1986 se révèle être un millésime atypique. Elle est la seule à placer la gestion en dernière position et à exprimer le lieu plutôt que les ressources. Il est vrai qu’à cette époque, le contenant et le contenu se confondaient encore. L’arrivée de l’internet à partir de la deuxième moitié des années 90 oblige à centrer l’attention sur le flux d’information. « Ressources » devient un terme générique et l’idée d’extraterritorialisation des CDI fait rapidement son chemin. Dès 2001 donc, l’axe Gestion passe brutalement de la dernière à la première place, consacrant le renversement d’orientation que l’institution essaie d’imposer aux enseignants documentalistes.

On peut même parler de révolution. A partir de cette date, l’institution ne va pas ménager ses efforts, via tous les relais hiérarchiques et structurels dont elle dispose, pour convaincre la profession de mettre en place une politique documentaire d’établissement. Inspection des enseignants documentalistes, réseau Scéren, formation des IPR-EVS, réforme du CAPES externe, présidence des trois jurys de Capes, sites académiques et des CRDP, immixtion dans les textes officiels (TPE, circulaire de rentrée de 2006, rapport Fourgous en 2010), rapports de l’IGEN (2004 et 2009), formations continues, interlocuteurs académiques, interventions dans des colloques, publications dans les revues professionnelles, préfaces de publications… L’énergie déployée est considérable.

Les préconisations de circulaire attestent de cette volonté de pousser au premier plan l’axe gestionnaire dès 2001 et de lui donner la priorité sur la pédagogie. Mais cela se ressent surtout à partir de 2004 où l’axe Gestion est dédoublé. Systématiquement, deux des quatre axes sont consacrés au management des ressources, contre un seul à la pédagogie, inversant ainsi le rapport de force connu depuis 1986. 2004 marque une offensive particulièrement forte. Les deux axes sont placés en tête, reléguant la mission pédagogique à l’avant dernière place, tandis que l’enseignant documentaliste est réduit à l’appellation de « documentaliste ». Depuis cette époque, le poids accordé à la gestion demeurera stable, tandis que l’impact de la mission pédagogique sera progressivement évacué.

La mission pédagogique

A partir de 2005 cependant, la réaction d’une partie de la profession oblige l’inspection générale à opter pour une posture moins radicale et à chercher des voies de négociation. Parmi celles-ci, la reprise de l’appellation de « professeur documentaliste », douce à l’oreille d’une profession fière de son CAPES. Mais si l’étiquette est à présent bien visible, comme en témoigne encore le dernier projet de circulaire, qu’en est-il cependant du contenu du flacon ?

Nous avons vu précédemment à quel point la formation avait été réduite, autant du point de vue de ses contenus d’apprentissage que de celui de l’expertise de ses acteurs.

On remarque cependant que, depuis 2004, l’unique axe pédagogique tend à revenir au devant de la scène. D’abord en 2007, lorsqu’il revient en deuxième place en séparant de fait la structure managériale (Axe 1) et la gestion de ses contenus (Axe 3).

Dans le dernier projet, les deux axes Gestion sont à nouveau réunis, grâce à la promotion au premier rang de l’axe pédagogique, ce qui apporte une certaine cohérence. Cela dit, même poussé au premier rang, le mandat pédagogique n’est plus qu’une peau de chagrin. L’enseignant documentaliste, dans le cadre ainsi défini, n’auraient plus ni la responsabilité de ses actes pédagogiques ni la maîtrise des contenus de sa matière disciplinaire. Il faut toutefois noter que l’idée de « participation » et de « contribution », instituant la déresponsabilisation de l’enseignant documentaliste, date de 2001. Depuis cette date, remarquons qu’aucun intitulé de mission ne comprend la notion de responsabilité.

En 1986, deux des quatre missions faisaient explicitement de l’enseignant documentaliste un responsable. C’était pourtant avant la certification de ce dernier…

A suivre…


  1. http://www.ac-nantes.fr:8080/peda/disc/cdi/peda/igenavs.pdf 

  2. http://media.education.gouv.fr/file/39/2/6392.pdf 

  3. http://www.pedagogie.ac-nantes.fr/html/peda/doc/informations/inspection/Protocole_inspection.pdf#KLINK 

  4. http://www.fadben.asso.fr/IMG/pdf/circulaire_projet_1_version_1.pdf 

  5. http://snes.fr/IMG/pdf/Circulaire_Documentalistes-missions_2010.pdf